D'où vient cette vidéo
Le cadre est carré. Pas de carton de titre. Pas de nom. Pas de date. Pas de filigrane de compte.
À 0 seconde, un gros plan. Un homme, le visage mouillé, la bouche ouverte, une trace de sang sur l’épaule, une tunique claire. Derrière, une pierre et des collines. À 3 secondes, la ligne brûlée dit « No water for him. » À 5 secondes, un casque romain de profil, une main, un récipient, l’arrière d’une tête, un âne. À 12 secondes, plusieurs hommes. L’un boit à une gourde. Un casque est au bord du cadre.
À 20 secondes, le gros plan revient. Les poings sont fermés, la bouche est ouverte. À 28 et à 30 secondes, il est au sol, la joue dans la poussière, les mains terreuses. À 30 secondes, la ligne brûlée dit « God, help me. » À 36 secondes, les yeux sont fermés, il est encore à terre.
Aux secondes 44, 52, 60 et 68, une gourde et des mains. Il boit. Le visage de la personne qui tient la gourde n’est pas dans ces images. À 76 secondes, il lève le visage, la bouche ouverte, la gourde plus basse.
À 84 secondes, un soldat. Cuirasse d’or, cape rouge, crête rouge, la bouche ouverte. Des masures en pierre, des collines. À 86 secondes, la ligne brûlée dit « I said no water for him! » À 92 secondes, le plan s’élargit. Le soldat est debout. Une silhouette en robe est vue de dos, les mains en avant. D’autres hommes sont au sol. Un cheval. Un bâtiment de pierre. À 98 secondes, le visage du soldat, et l’arrière d’une tête aux cheveux longs, dans une robe brune. Ce visage-là n’est pas dans l’image.
Ce que chacun affirme
La légende est en portugais, en quatre alinéas, 1 150 caractères. La version française affichée avec la vidéo reprend ces quatre alinéas sans en changer les mots. Elle dit qu’il y a une scène de Ben-Hur. Elle nomme Judah Ben-Hur et Charlton Heston, épuisé sous le soleil, et de l’eau reçue des mains de Jésus. Ces noms ne sont pas dans les images lues.
Elle écrit « Não há diálogo, e o rosto de Cristo sequer aparece. » Le fichier, lui, imprime trois lignes anglaises : « No water for him. » à 3 secondes, « God, help me. » à 30 secondes, « I said no water for him! » à 86 secondes. La bande son n’a pas été transcrite. Ces trois lignes, elles, sont dans l’image. Dans les quatorze images, le visage de celui qui tient la gourde n’apparaît pas. Le visage de l’homme à terre, oui. Le visage du soldat, oui.
Elle dit que l’expression de Judah passe, en quelques secondes, de celui qui n’attendait plus rien à une espèce d’espoir. À 36 secondes il est au sol, les yeux fermés. À 76 secondes le visage est levé. Le mot espoir n’est pas écrit dans l’image. C’est le mot du compte.
Elle nomme William Wyler et dit qu’il transmet tout cela sans rien expliquer au spectateur. Le nom de Wyler n’est pas dans le fichier. Cette copie, elle, écrit les répliques en anglais sur l’image. La suite, la miséricorde, le geste silencieux, ce que la rencontre représentera dans la vie de Judah, est la lecture du compte. Ces 99,933 secondes ne montrent pas la suite.
Ce qu'on peut vraiment en dire
Le Hollywood Reporter, le 6 juin 2020, écrit que Claude Heater a joué Jésus dans le Ben-Hur de William Wyler, en 1959, le visage non vu, et qu’il donne de l’eau au Judah de Charlton Heston. Le même article écrit : « British law at the time forbid Jesus to speak or his face to be seen if he were a secondary character. » Cette phrase est celle du journal. Aucune loi n’a été ouverte pour cette fiche.
L’American WideScreen Museum écrit que la sortie 70 mm de Ben-Hur est du 18 novembre 1959, que le film a reçu 11 Oscars, et que le ratio du film est 2,76:1. Le même texte dit que la plupart des salles de roadshow montraient environ 2,5:1, et que les copies 35 mm étaient cachées à 2,5:1. Le fichier d’aujourd’hui est en 540×540, soit 1:1. Ce n’est ni 2,76:1 ni 2,5:1. Ce n’est pas le long métrage. C’est un extrait de 99,933 secondes.
Le compte dit le nom du film, le nom du metteur en scène, le nom de l’acteur, et l’absence de dialogue. Les trois noms ne sont pas imprimés dans les images lues. Les trois lignes anglaises le sont. La silhouette en robe, à 92 et à 98 secondes, est vue de dos.
Ce qu'on emporte
Une note portugaise de 1 150 caractères, et un carré de 99,933 secondes. La note dit qu’il n’y a pas de dialogue. L’image écrit « No water for him. », « God, help me. », « I said no water for him! »
La note dit que le visage n’apparaît pas. Dans les images lues, le visage de celui qui tend la gourde n’est pas cadré. Deux autres visages le sont.
Recouper : le statut @siteolavete, 6 h 02 min 01,264 s UTC ; les images à 3, 30, 86 et 98 secondes ; le Hollywood Reporter du 6 juin 2020 ; la page Ben-Hur du WideScreen Museum, sortie du 18 novembre 1959, ratio 2,76:1.
Source & crédit
@siteolavete — X / Twitter
« Il y a une scène dans Ben-Hur qui attire toujours mon attention par sa simplicité. Judah Ben-Hur (Charlton Heston), épuisé et souffrant sous le soleil, reçoit un peu d’eau des mains de Jésus. Il n’y a pas de dialogue, et le visage du Christ n’apparaît même pas. Pourtant, sa présence domine la scène.
Le plus beau est d’observer l’expression de Judah. Il suffit de quelques secondes pour percevoir que quelque chose a changé en cet homme. Le regard de celui qui n’espérait plus rien laisse place à une sorte d’espérance, comme si cet inconnu lui avait offert bien plus que de l’eau.
William Wyler parvient à transmettre tout cela sans avoir besoin d’expliquer quoi que ce soit au spectateur. Et c’est peut-être précisément là que réside la beauté de la scène. Un geste si simple, presque banal, acquiert une profondeur immense quand on pense à qui offre l’eau et à tout ce que cette rencontre représentera dans la vie de Judah.
C’est l’une des choses que j’admire le plus au cinéma : quand une scène parvient à dire tant avec si peu. Et, dans ce cas, il y a encore quelque chose d’encore particulièrement émouvant dans la manière dont la miséricorde du Christ se manifeste. Non par le biais d’un grand discours, mais par le geste silencieux d’offrir de l’eau à un homme qui souffre. »
Source originale : https://x.com/siteolavete/status/2108075421392568333