D'où vient cette vidéo
La séquence montre Jean-Luc Mélenchon, alors président du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale, et plusieurs membres du mouvement face à des policiers et des magistrats. On l’entend notamment dire : « Je suis un parlementaire, vous ne me touchez pas », « Nous ne sommes pas des voyous » et « La République, c’est moi ». Il demande également qui a donné l’ordre de l’empêcher d’entrer et appelle à « enfoncer la porte ». La tension monte ensuite autour de l’accès aux locaux et du matériel.
Ces images correspondent à la perquisition menée au siège de La France insoumise, dans le 10e arrondissement de Paris, le 16 octobre 2018. D’autres perquisitions avaient lieu le même jour, dont une au domicile de Jean-Luc Mélenchon. Elles s’inscrivaient dans deux enquêtes préliminaires distinctes du parquet de Paris : l’une sur les comptes de la campagne présidentielle de 2017, l’autre sur des soupçons d’emplois fictifs d’assistants parlementaires européens.
Le clip transmis n’est pas une publication originale de La France insoumise ou d’un média. Il est relayé sur Facebook par Patrice Racassier le 30 octobre 2026. Sa légende affirme : « LE DICTATEUR … IL EST DANGEREUX CE BONHOMME … SI VOUS AVEZ UN PETIT PEU DE CERVELLE RÉFLÉCHISSEZ BIEN AVANT DE VOTER … QUE DE LA DÉMAGOGIE ». Un texte incrusté sur toute la vidéo ajoute : « À revoir et à partager tous les jours jusqu’aux élections ». Le compte Instagram @FRANCKYPEREZ apparaît également en filigrane.
Ce que chacun affirme
Le premier enjeu est la datation. La vidéo ne documente pas une perquisition survenue en octobre 2026 : elle montre un événement du 16 octobre 2018, abondamment documenté à l’époque. Les principales phrases sont également authentiques et se retrouvent dans les comptes rendus publiés par la presse. En revanche, la qualification de « dictateur » et l’appel à voter contre son auteur relèvent du commentaire du compte qui repartage la séquence, pas d’un constat judiciaire ou d’une information nouvelle.
Le deuxième enjeu est de distinguer les procédures. Les perquisitions portaient sur les investigations relatives au financement de la campagne de 2017 et aux assistants parlementaires européens. Les incidents lors de l’accès au siège ont donné lieu à une autre procédure. Le 9 décembre 2019, le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné Jean-Luc Mélenchon à trois mois d’emprisonnement avec sursis et 8 000 euros d’amende pour rébellion, provocation directe à la rébellion et intimidation envers des magistrats et des dépositaires de l’autorité publique. Cette condamnation concerne son comportement lors des perquisitions ; elle ne constitue pas une condamnation dans les deux dossiers financiers évoqués plus haut.
Enfin, le montage modifie la fonction de la séquence. Le texte « jusqu’aux élections » et la légende en majuscules transforment un document d’actualité de 2018 en argument de campagne. Ce cadrage ne rend pas les images fausses, mais il change la manière dont le public est invité à les interpréter.
Ce qu'on peut vraiment en dire
Pour le citoyen, la conclusion n’est ni que la vidéo est fabriquée, ni qu’elle prouve les affirmations de la légende. Les images et les principales citations sont réelles. Leur date, leur contexte et leur portée doivent toutefois être rétablis.
Jean-Luc Mélenchon contestait vivement les conditions de la perquisition et revendiquait son statut de parlementaire. Les forces de l’ordre et les magistrats agissaient dans le cadre de réquisitions judiciaires. La justice a ensuite sanctionné les incidents liés à cette journée. Ces éléments peuvent être présentés ensemble sans reprendre les insultes ou les raccourcis d’un relais partisan.
La présence du cartel électoral et du filigrane @FRANCKYPEREZ indique aussi que le fichier a circulé entre plusieurs comptes avant cette publication Facebook. Il ne faut donc pas attribuer automatiquement au compte Patrice Racassier le tournage initial, ni présenter le montage comme une vidéo d’actualité brute.
Ce qu'on emporte
Pour suivre ce dossier, il faut distinguer trois corpus : les images de la perquisition du 16 octobre 2018, la décision du tribunal correctionnel de Bobigny du 9 décembre 2019 concernant les incidents, et les informations judiciaires distinctes relatives aux comptes de campagne et aux assistants parlementaires européens.
Toute nouvelle publication de cette séquence devrait mentionner sa date d’origine et la nature du texte ajouté. À l’inverse, une fiche de fact-check ne doit pas utiliser l’ancienneté de la vidéo pour effacer ce qui s’est réellement passé ce jour-là. La méthode correcte est de conserver le document, dater ses différentes couches et attribuer les opinions à ceux qui les expriment.
Source & crédit
Patrice Racassier — Facebook
« LE DICTATEUR … IL EST DANGEREUX CE BONHOMME … SI VOUS AVEZ UN PETIT PEU DE CERVELLE RÉFLÉCHISSEZ BIEN AVANT DE VOTER … QUE DE LA DÉMAGOGIE »
Source originale : https://www.facebook.com/reel/1698475238664103/